La remontée du fleuve Amazone

Brésil & Colombie, 2023

 

L’Amazone… Après la traversée de l’océan Atlantique à bord d’un voilier de 10 mètres et une escale prolongée en Guyane, la suite du périple prend pour fil rouge le plus grand fleuve du monde.

Depuis Macapá, ville brésilienne située dans l’État d’Amapá proche de l’embouchure, j’embarque pour près de 3000 kilomètres de navigation fluviale jusqu’à la triple frontière Brésil/Pérou/Colombie. Une lente traversée de l’Amazonie brésilienne s’amorce à bord de petits ferrys qui transportent toutes sortes de marchandises à destination des nombreuses villes et villages qui bordent le fleuve. Ces mêmes bateaux dans lesquels les habitants de la région voyagent par une chaleur tropicale tout en se laissant bercer par le doux balancier de leurs hamacs multicolores.

Comment ne pas repenser à un autre trajet mythique : la traversée de la Russie en Transsibérien ? Autre moyen de transport, autre zone climatique, autre aire culturelle, sans aucun doute. Et pourtant, il s’agit de deux voyages relativement lents face à l’immensité des distances à parcourir… Et ce au sein des deux forêts les plus étendues du monde : la Russie abrite une large portion de la forêt boréale, la Taïga, tandis que l’essentiel de l’Amazonie se trouve sur le territoire brésilien. Tous deux sont principalement empruntés par des locaux de milieux modestes que les circonstances de la vie poussent à se déplacer d’une ville à l’autre, là où l’avion serait trop onéreux. Deux microcosmes où règne aussi une forte promiscuité : les wagons du Transsibérien et leurs cinquante couchettes laissent place aux centaines de hamacs méticuleusement accrochés, presqu’entremêlés, sur le pont des bateaux de l’Amazone. Dans les deux cas s’offre au voyageur un excellent poste d’observation sociologique. Les heures et les jours passent, et les langues se délient. Quel meilleur moyen de tuer le temps que de discuter de tout et de rien avec son voisin de hamac ?

Nous remontons l’Amazone à contre-courant depuis son embouchure sur la côte atlantique en direction de sa source dans la cordillère des Andes. Notre embarcation progresse péniblement, tout au plus à 15 km/h. Dans ce sens, il convient de longer le rivage au plus près afin de moins subir l’influence du courant. À l’inverse, les bateaux qui font cap sur l’océan se placent en plein milieu pour en bénéficier et économiser du carburant. Je ne me lasse pas d’observer cette forêt majestueuse qui défile sur les berges du fleuve. Un paysage qui pourrait paraître monotone, de prime abord. En regardant attentivement néanmoins, on entrevoit l’intense biodiversité qui caractérise l’écosystème équatorial. En raison de mon enfance citadine, qui plus est dans une autre zone climatique, je suis incapable de nommer ne serait-ce qu’un centième de la myriade d’espèces d’arbres et de végétaux qui prospèrent ici. D’un autre côté, il y a quelque chose de beau et de reposant de ne pas s’adonner à quelconque classification et de simplement se laisser envoûter par ce doux spectacle naturel.

Sur le plan culturel, les maisons sur pilotis qui bordent les milliers de kilomètres de fleuve et leurs habitants parfois de sortie sur de frêles embarcations en bois offrent un spectacle tout aussi captivant. Quoi de plus fascinant que la tenace et humble adaptation de l’espèce humaine à tous les milieux climatiques et environnementaux de notre planète ? Des dunes du Sahara à la steppe mongole aux berges de l’Amazone, les subtiles déclinaisons de la grande famille humaine nous rappellent précisément cela : au-delà des évidentes différences « culturelles » se dégage une ardeur constante et universelle à se mouvoir et tirer subsistance de la terre qui nous a vus naître.

 

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Le voyage est ponctué de plusieurs escales et changements de bateaux. Pour ma part, je passe quelques jours près de Santarem puis dans l’intense fourmilière de plus de deux millions d’habitants nommée Manaus, drôle d’expérimentation urbaine au cœur de l’Amazonie. Enfin, nous arrivons à Las Tres Fronteras au terme de quatorze jours de périple fluvial sans compter les escales… Pour cette dernière étape dans la région amazonienne, je partage pour quelques jours le quotidien de la famille de Politt. Ce dernier vit dans le village d’Arara et appartient à la communauté autochtone Tikuna, une des ethnies les plus peuplées d’Amazonie qu’on retrouve au Brésil, au Pérou et ici même en Colombie. L’occasion de faire l’expérience au plus près du mode de vie des femmes et des hommes dont l’existence se dessine entre fleuve et forêt équatoriale, Amazone et Amazonie… Les habitants vivent notamment de la culture du manioc. Et bien-sûr de la pêche, proximité du fleuve oblige. Politt m’emmène aussi passer une nuit dans la jungle. Après une soirée autour du feu de camp et une balade nocturne pour observer la faune, nous nous réfugions dans nos hamacs-moustiquaires et nous laissons bercer par la symphonie des insectes qui bat son plein pendant la nuit.

Arara se situe à une vingtaine de kilomètres de Leticia, ville de 32.000 habitants équipée d’un aéroport international, capitale du département colombien d’Amazonas et principal port du pays sur les bords du fleuve éponyme. Pour rejoindre le village de 1200 âmes depuis Leticia, il est possible d’emprunter un petit bateau à moteur sur le fleuve pendant trois heures. Ou alors, comme nous le faisons à l’aller avec Politt, on peut aussi s’y rendre par voie terrestre. Une route permet de se rapprocher en bus ou en taxi mais il faut ensuite marcher quelques kilomètres à travers la jungle pour atteindre le village.

D’ici quelque temps, les villageois n’auront plus à marcher ces derniers kilomètres. La fameuse route est en cours de construction et devrait atteindre les habitations au cours de l’année prochaine. Un projet qui semble polariser la population d’Arara. Certains y voient bien-sûr des avantages logistiques pour l’acheminent des marchandises et des personnes. Pour d’autres néanmoins, comme Politt par exemple, les interactions croissantes avec le centre urbain risquent de nuire à la préservation de la culture, de la langue et des traditions Tikuna. Sans évidemment nier le confort que la route pourrait apporter aux habitants, je ne peux m’empêcher de penser au Tibet, une terre à l’autre bout du monde qui constitue un exemple frappant des ravages auxquels peuvent contribuer les voies de communication. La ligne ferroviaire Pékin – Lhasa achevée en 2006 n’a fait qu’accélérer la colonisation de ladite Région autonome du Tibet qui n’a d’autonome que le nom depuis son annexion par l’armée chinoise dans les années 1950.

Les transformations récentes à Arara ne se limitent pas à ce projet. L’électricité est parvenue au village il y a quelques années et une immense antenne 4G vient d’être installée il y a seulement huit mois. Voilà l’inexorable développement qui s’empare des régions les plus reculées du globe. Pour le meilleur et pour le pire. Voilà aussi l’éternel dilemme auquel font face désormais les populations autochtones d’Amazonie et d’ailleurs, oscillant entre difficile préservation des coutumes et chant des sirènes de la modernité…

 

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Yann Lenzen

Voyageur et photographe documentaire

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