Nomades?

Nomades?

Le nomadisme, ce mode de vie ancestral caractéristique de la Mongolie, semble être condamné au déclin, ou du moins à de sérieuses transformations. En Juin 2018, j’ai suivi pendant une dizaine de jours une famille mongole dans la province de Bulgan à 300 kilomètres à l’ouest d’Oulan-Bator, la capitale. Au-delà des splendides paysages de la steppe, des scènes de vie pittoresques dans les yourtes et la tonte des moutons, la famille de Lamzav et Oyunaa symbolise les diverses mutations que rencontre le mode de vie nomade en Mongolie. Les parents qui préfèrent le semi-nomadisme à la stricte vie nomade, le confort de la capitale qui attire de plus en plus les nouvelles générations… Mes recherches me mèneront enfin à Oulan-Bator où des centaines de milliers de nomades se sont installés dans des quartiers de fortune autour du centre urbain à cause du changement climatique et ses répercussions sur le bétail. Quel avenir pour les nomades de Mongolie ?

 

La yourte familiale (ger en mongol) dans la steppe à quelques kilomètres de Gurvanbulag. Traditionnellement, les nomades déplacent leur ger à chaque saison dans un rayon d’une trentaine de kilomètres à la recherche de meilleure herbe pour leur bétail. © Yann Lenzen

 

Lamzav, ancien chauffeur à la retraite, fait brûler des excréments séchés, principal combustible qu’utilisent les nomades, pour fumer la viande d’un mouton. © Yann Lenzen

 

Oyunaa, la femme de Lamzav, en train de recoudre la partie extérieure de la yourte au crépuscule. © Yann Lenzen

 

Aldar, un ami de la famille, mène le troupeau de moutons vers l’enclos pour la tonte annuelle qui a lieu en Juin. © Yann Lenzen

 

Lamzav, son fils Batbaatar et Aldar s’affairent à tondre leurs deux-cent moutons. La vente de la laine constitue leur principale source de revenu pour l’année. © Yann Lenzen

 

Tuya, la sœur de Lamzav, en train de tondre un mouton. Elle habite avec son mari Buren dans une yourte voisine. A la différence de son frère, elle y passe encore toute l’année. © Yann Lenzen

 

Tuya avec ses vaches après la traite quotidienne pendant le coucher de soleil. L’alimentation des nomades provient presque intégralement de leur bétail. Ils mangent ainsi principalement de la viande de cheval, de mouton, de bœuf et des produits laitiers. © Yann Lenzen

 

Lamzav se repose dans sa yourte aux côtés de Tumungnass, le fils de son ami Aldar. Les conditions de vie des nomades sont rudes. Les yourtes n’ont évidemment pas l’eau courante, l’électricité se limite au rendement de leur petit panneau solaire, il n’y a pas de toilettes, etc. © Yann Lenzen

 

Si près d’un tiers de la population de ce pays de trois millions d’habitants sont des nomades, de plus en plus optent pour un mode de vie semi-nomade. Lamzav et Oyunaa passent ansi l’été dans leur yourte mais préfèrent le modeste confort de leur petite maison du village de Gurvanbulag pendant le rude hiver. © Yann Lenzen

 

Lamzav rase la tête de son fils Batbaatar, 18 ans, qui se rendra dans quelques jours à Oulan-Bator pour son service militaire. En Septembre, il débutera ses études de musique dans l’espoir de devenir chanteur d’opéra. © Yann Lenzen

 

Batdelger, le fils aîné de Lamzav et Oyunaa, joue avec sa fille Badmaarag pendant une visite chez ses parents ; il habite depuis une dizaine d’années à Oulan-Bator. Batdelger illustre cette génération de transition qui a grandi dans la steppe selon les coutumes nomades, mais qui a décidé de prendre le chemin de la capitale pour profiter d’un confort de vie supérieur, de meilleures opportunités d’études, d’emploi et pour l’éducation des enfants. © Yann Lenzen

 

Lamzav sur sa moto avec son petit-fils Saikhanbileg qui lui aussi habite à Oulan-Bator. La génération des petits enfants voit le jour dans la capitale et y grandit. S’ils aiment rendre visite à leurs grands-parents à la campagne, il est peu probable qu’ils décident de vivre eux-mêmes selon les coutumes nomades lorsqu’ils seront plus âgés. Au sein de nombreuses familles comme celle de Lamzav et Oyunaa, il semble inévitable que le mode de vie nomade ne finisse par disparaître. © Yann Lenzen

 

Buren, le mari de Tuya, se dirige vers le troupeau familial pendant une tempête de sable. Un autre facteur entre en compte dans le déclin du nomadisme en Mongolie : le changement climatique. La température moyenne a augmenté de plus de deux degrés au cours des dernières 70 années. En résulte une intensification du phénomène que les Mongols appellent dzud: des étés particulièrement secs and et des hivers inhabituellement froids. De nombreuses familles ont ainsi perdu tout leur bétail à cause des conditions météorologiques et n’ont eu d’autre choix que de s’installer à Oulan-Bator pour trouver un emploi. © Yann Lenzen

 

Depuis une trentaine d’années, environ 600.000 nomades ont pris le chemin de la capitale pour s’installer dans un des ger districts qui ne cessent de s’étendre dans les collines à la périphérie de la ville, comme ici à Denjiin Myanga. L’expansion fulgurante de ces quartiers de fortune, qui abritent plus de la moitié de la population d’Oulan-Bator, pose de sérieux défis pour la municipalité en terme d’infrastructures : approvisionnement et évacuation des eaux, création d’écoles et d’hôpitaux, etc. Pendant le rude hiver – Oulan-Bator est la capitale la plus froide au monde – les habitants sont contraints de brûler beaucoup de charbon mais aussi tout et n’importe quoi pour se chauffer, contribuant à l’intense pollution de l’air qui atteint des niveaux astronomiques supérieurs à ceux de New Dehli ou encore de Pékin. © Yann Lenzen

 

Un père et ses deux filles devant leur yourte à Denjiin Myanga, au nord d’Oulan-Bator. Cet exode n’est pas, à la différence des enfants de Lamzav et Oyunaa, le fruit d’une volonté et d’une décision raisonnées. Ces migrants internes ont été contraints de s’installer dans la capitale et ne disposent souvent pas de compétences leur permettant de trouver un emploi urbain. © Yann Lenzen

 

Petite fille dans une allée de Denjiin Myanga. La courbe du réchauffement climatique n’étant pas prête de s’inverser, des migrants de tout le pays vont sans doute continuer à affluer dans la capitale au cours des années à venir, bouleversant aussi bien le visage d’Oulan-Bator que l’essence de la société mongole. © Yann Lenzen

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