#14 Étape en Mongolie

Pékin la gigantesque se réveille. Il est près de 6 heures du matin, le ciel est dépourvu de nuages et les premiers rayons de soleil laissent déjà pressentir une chaleur intense. J’arrive bientôt à la gare centrale, et alors je que monte à bord du train K23 à destination d’Oulan-Bator, je réalise que je vais voyager vers l’ouest pour la première fois depuis mon départ onze mois plus tôt. Mes inlassables pérégrinations vers l’Orient touchent ainsi à leur fin. Plus de onze mille kilomètres me séparent encore de la France, et pourtant le début de ce voyage en Transmongol me donne déjà un avant-goût de retour.

 

 

Si l’autostop est un mode de déplacement hautement social, les longs trajets en train permettent également de nombreuses rencontres. J’échange des anecdotes de voyage avec Leo, un Sri-Lankais affable, pendant que les paysages de la campagne chinoise défilent à vive allure sous nos yeux. L’attente à la frontière se fait longue, l’écartement des rails étant différent en Chine et en Mongolie, le train doit être soulevé et les roues changées. Le jeune Mongol qui partage ma cabine achète un pack de bière et nous avons loisir à discuter de tout et de rien. J’ai déjà mille questions à poser sur la Mongolie. Nous repartons enfin vers deux heures du matin et je m’endors, bercé par la rythmique répétitive de la locomotive. La lumière du lever du jour me tire de mon sommeil, et je constate que nous sommes en train de traverser les immenses étendues de sable du désert de Gobi. Quel spectacle ! Après 27 heures de route depuis Pékin, le train entre en gare d’Oulan-Bator.

 

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Premier choc : les rues sont presque vides ! Où sont les Hommes ? Le contraste en terme de densité de population est pour le moins frappant. Arrivant tout juste de Chine, pays le plus peuplé au monde, me voilà en Mongolie où vivent seulement trois millions d’habitants, dont la moitié dans la capitale. Même si la Mongolie n’a jamais réellement fait partie de l’URSS, Oulan-Bator est une ville aux allures soviétiques de par son architecture souvent rectiligne et grisâtre, et l’emploi généralisé de l’alphabet cyrillique. Narantuul, un grand marché aux puces, me rappelle certains quartiers de Tbilissi ou encore d’Erevan. La population a cependant des traits asiatiques prononcés. A l’image du Népal qui faisait office de transition entre l’Inde et la Chine, la Mongolie constitue aussi une vraie étape intermédiaire entre la Chine et la Russie, aussi bien géographiquement que culturellement. Après quelques jours dans une auberge de jeunesse le temps de découvrir un peu la ville et sympathiser avec d’autres voyageurs, il est temps d’aller explorer la campagne.

Encore une fois, workaway.info me sera d’une grande aide. J’ai la chance d’avoir pu trouver une famille de nomades qui habitent dans la steppe et qui ont besoin d’un coup de main pour s’occuper de leur bétail. L’occasion de partager leur quotidien et d’en apprendre plus sur la culture locale. J’en profite par ailleurs pour réaliser un reportage photographique sur l’évolution du nomadisme en Mongolie que vous pouvez retrouver en intégralité en cliquant ici.

Lamzaw et Oyunaa m’accueillent d’abord dans leur maisonnette de Gurvanbulag, un petit village à 300 kilomètres à l’ouest d’Oulan-Bator. Leur fille est anglophone et a ainsi pu nous mettre en contact, eux par contre ne parlent pas un mot d’anglais. Pas le choix, je me mets au mongol. Petit carnet en main, je pointe les objets essentiels ou encore mime des actions basiques, et note en phonétique un peu de vocabulaire. Je me constitue ainsi rapidement un petit dictionnaire de survie et nous pouvons communiquer un minimum.

 

 

Après quelques jours au village à faire des travaux dans le jardin et à jouer au basket (le sport national mongol après la lutte) avec Batbataar, leur fils cadet, nous allons vivre dans la yourte à quelques kilomètres de là dans la steppe. Les conditions de vie des nomades sont rudes. Les yourtes n’ont évidemment pas l’eau courante, l’électricité se limite au rendement de leur petit panneau solaire, il n’y a pas de toilettes, etc.

 

 

Nous sommes en Juin, mois durant lequel a lieu la tonte annuelle des moutons. Tous les jours nous rassemblons les deux-cent moutons dans l’enclos et procédons à la tonte… au ciseau ! Ils me chargent principalement ramener les moutons et je passe rapidement expert dans l’art de les attraper par une des pattes arrières.

Le climat en Mongolie est très aride, chaud et sec en été et glacial en hiver : il est très dur de faire pousser quoi que ce soit. L’alimentation des nomades provient ainsi presque intégralement de leur bétail. Ils mangent principalement de la viande de cheval, de mouton, de bœuf et des produits laitiers. Pour moi qui consomme peu de viande, j’ai décidé en amont d’apporter de la nourriture végétarienne d’Oulan-Bator car je ne peux vraiment pas manger du cheval ou du mouton au petit-déjeuner… D’ordinaire, je préfère toujours faire comme les locaux mais là c’est trop pour moi. D’un autre côté j’ai beaucoup plus de respect pour les gens qui se nourrissent de la viande des animaux qu’ils élèvent plutôt que ceux qui mangent de la viande industrielle mais refusent de voir dans quelles conditions cette dernière est produite.

 

 

Les jours passent, j’ai l’impression d’être coupé du monde, sans téléphone ni internet. Une pause ressourçante loin du tumulte des mégapoles chinoises. Lorsque nous ne travaillons pas, j’ai loisir à lire, utiliser la moto familiale pour explorer la steppe, admirer les couchers de soleil là où rien ne fait obstacle à l’horizon…

De retour dans la capitale, je fais quelques recherches pour compléter mon reportage sur les nomades et j’apprends l’existence d’immenses quartiers de yourtes qui entourent le centre urbain. Je suis tout d’abord très étonné car j’avais passé cinq jours ici sans rien remarquer. Il suffit pourtant de s’éloigner du centre-ville avec un bus local pendant une demi-heure pour se retrouver au milieu d’un quartier comme Denjiin Myanga.

 

 

Depuis une trentaine d’années, environ 600.000 nomades ont été contraints de s’installer à Oulan-Bator pour trouver du travail à cause du changement climatique et ses répercussions sur le bétail. Ces ger districts (quartiers de yourte), qui ne cessent de s’étendre dans les collines à la périphérie de la ville, abritent plus de la moitié de la population d’Oulan-Bator et posent de sérieux défis pour la municipalité en terme d’infrastructures : approvisionnement et évacuation des eaux, création d’écoles et d’hôpitaux, etc. Pendant le rude hiver – Oulan-Bator est la capitale la plus froide au monde – les habitants sont contraints de brûler beaucoup de charbon mais aussi tout et n’importe quoi pour se chauffer, contribuant à l’intense pollution de l’air qui atteint des niveaux astronomiques supérieurs à ceux de New Dehli ou encore de Pékin.

Je n’aurai passé qu’à peine trois semaines dans ce pays mais j’en garderai des souvenirs forts. Il est temps de remonter à bord du Transmongol, me voilà presqu’en Russie !

 

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